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2ème prix dans ...

Voilà le concours, les résultats... Plusieurs catégories. 8 Lauréats sur 30 participants et tout le monde a eu un lot ( ça c'est génial)

Donc rappel : le centre de santé de la ville d'Hellemmes a réalisé un concours littérature autour de mots choisit sur la santé. Il fallait réaliser une lettre.

Dans le prix littérature : j'ai eu le 2e prix .

il y a eu un prix:

Poèsie, jeunesse ( un très beau texte par ailleurs) ...

Merci au président pour cette initiative. Une belle idée à renouveler.

Je dédie ce prix et ce texte à ma source d'inspiration : PS. Milles bizous à toi.

Valérie

Lille,
le 04.03.
2014

Mamie,

Je t’écris aujourd’hui pour te conter une histoire, mon histoire, un bout de ma vie, celle que tu n’as pas finie. Je sais que tu ne me liras pas ; là où tu es, le courrier ne vient pas ! Je sais que j’aurais pu écrire à une amie, Marie. J’aurai pu écrire à mon mari, ma mère ou mon frère, et même à mon enfant pour lui expliquer, lui raconter… pour qu’il comprenne, une fois devenu grand. Mais c’est toi qui m’as le plus aidée, écoutée durant toute ma vie, enfin, jusqu’à ce que tu partes au paradis. Alors, je vais te parler d’une amie… de mon amie pour la vie.

Elles sont là. Elles me collent. Elles m’aiment, à leur façon. Elles me choient. Elles me cajolent et me torturent. Elles me parlent, me racontent leurs histoires. Elles sont là, ici, le jour et la nuit, et ne me quittent jamais. Et pourtant, pourtant… J’aimerais pouvoir leur dire : « Allez-vous-en ! Allez-vous-en loin de moi, laissez-moi, laissez-moi prendre soin de moi ! Laissez-moi savourer chaque instant, chaque moment de bonheur que j’ai gardé pour moi et encore plus pour mon enfant... Laissez-moi vivre ma vie. Je veux vivre une vie plus saine, plus belle, plus préservée, pour donner une belle image de moi ! Laissez-moi une chance, je veux être autonome, ne plus dépendre de vous, ne plus vous avoir à moi, ne plus vous avoir en moi ! ».

Elle est là, elle me parle. ElleS me parlent, car elles sont plusieurs. Elles me fatiguent, m’usent petit à petit. Elles sont ma préoccupation de chaque jour. Aujourd’hui, je n’ai pas dormi. Non ! Pas un seul moment de répit ! Elles, oui, elles étaient là, elles m’ont rappelée à l’ordre toute la nuit : « N’oublie pas ça ! Ah oui, il y aura ça à faire, et puis tu prépareras ça… Sans oublier que tu as ça à payer, ça à renvoyer, et… ».

Bla bla bla… et bla bla bla et bla bla bla ! Toute la nuit. Ce matin, je me préparais, soignais ce corps que j’ai du mal à regarder, à aimer depuis qu’elle est là, depuis qu’elles sont là… Je me maquillais, m’habillais, me chaussais, me coiffais sans vraiment savoir pourquoi… Si, pour toi, mon bébé. Pour toi, mon mari bien-aimé. Elles étaient toutes là… « Oh là ! Tu n’y penses pas, il y a encore le petit-déjeuner, dépêche-toi ! Puis les vêtements, conduire petit loulou, sans oublier de sortir le chien et donner à manger au poisson… Les courses, ah oui ! Les courses… Non, le repassage avant et puis le travail… Il faut que tu ailles voir la chef… Penser à réaliser le dossier de Monsieur X… »

Et ça n’arrête pas, du lever au coucher, du coucher au lever, elles sont là, me dictant tout ce que je fais, me dictant tout ce que je dois faire, me parlant de tout et de rien, me donnant des ordres, me fatiguant. Agrippées à mon cerveau telles des sangsues, elles pompent mon énergie, mes idées, ma vie.

Il est temps, temps pour moi de me soigner. Temps de penser que la santé, ce n’est pas qu’un problème d’argent, et encore moins un souci de personne, de « qu’en dira-t-on ». Temps que cette amie et ses amies s’enfuient. Je ne peux plus les entendre, les écouter. Je veux retrouver ma dignité. Je veux retrouver ce bien-être dans ma tête, mais aussi dans mon corps. Je veux comprendre pourquoi ces petites voix se sont installées, maintenant et tout le temps. Je veux comprendre pourquoi, je n’ai plus envie, plus envie de toi : la vie. Pourquoi je n’ai plus envie d’aimer et d’être aimée. Pourquoi je n’ai plus envie de travailler, de bouger… En même temps, elles sont tout le temps là. Elles me prennent tout mon temps, elles me fatiguent… Fatiguée, oui, je suis fatiguée, épuisée, essoufflée, au point où chaque mot qui m’est dit me fait pleurer, où chaque action est terminée par une rivière de larmes salées. De telle sorte que chaque pas, mouvement, me donne des étourdissements… Fatiguée je suis. Fatiguée je crie !

Alors ? Alors, je suis allée à la rencontre de cette amie et de ses amies, de ces ennemies, plus exactement… J’ai tout entendu. Tout compris…

Non ! La folie ne m’a pas prise, elle ne m’a pas conquise, ni anéantie. Non, je ne suis pas malade ! Je suis tout simplement fatiguée, mon cerveau ne peut plus faire correctement son métier. Comment s’appelle cette amie ? Ce n’est pas une amie, mais une maladie. Elle ne s’appelle

c’est un de ces troubles qu’on ne nomme pas, ou seulement du bout des lèvres. On le chuchote doucement, pour ne pas être pris pour ce qu’on n’est pas. Pour ne pas être pris pour une damnée, une demeurée, une cinglée.


Aujourd’hui, je sais… J’ai mis un nom, sur cette amie que je n’ai pas désirée, sur cette maladie. Je vais pouvoir me soigner, m’aimer, me respecter… Finies les petites voix, finies ces amies indésirables. Finis les pleurs et les cris. Je vais pouvoir souffler, vivre, revivre, aimer, rire et sourire. Je vais pouvoir dormir !

Mon mari me regarde, soulagé. Un mot est posé sur ce qui est, sur ce que je suis, sur ce que j’ai été. Car je vais me soigner. Un nom lui est donné. Des explications m’ont été exposées. Je vais devoir vivre avec elle toute ma vie, mais pas ses amies. Le traitement, qu’il va falloir doser, va m’aider, me réveiller. Mes rires vont à nouveau retentir dans la maisonnée. Je vais pouvoir retourner travailler, jouer avec mon enfant, parler sans pleurer, dormir sans souffrir. Oui… je vais pouvoir savourer la vie. Ma vie.

Me voilà, lit douillet, couette bien chaude, oreiller bien remplumé. Je vais vous déguster. Je vais enfin dire : « Allez, on va se coucher ! », sans avoir peur de vous entendre caqueter toute la nuit. Vous allez partir, vous irez parler ailleurs, mais plus dans mon fond intérieur. Vous irez loin de moi, dans d’autres bras. Moi, c’est ceux de Morphée qui vont m’accueillir avec le plus grand plaisir.

Le diagnostic est posé, je suis soulagée ! Certains sont bigames, d’autres bipèdes, ou encore bilingues. Il y a ceux qui sont bisexués, ceux qui sont bi-quelque chose. Eh bien moi, je suis bipolaire, voilà. Une maladie un peu particulière. Une maladie qui me suit… Tant pis ! Aujourd’hui, je dis bonjour à la vie.

Aujourd’hui, je RE-vis !


Merci mamie de m’avoir permis de soulager mon esprit. Merci d’avoir eu autant de vie, tu m’en as laissé un peu lorsque tu es partie. Voilà, ma vie est repartie...